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Chers mecs cis, vous êtes priés de garder votre haut !

Doubs

En ce 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre, nous souhaitons dénoncer la violence (symbolique mais pas que) subie par les personnes sexisées dans le milieu de l’escalade. Nous sommes des grimpeur·euses de Besançon. Devant l’inaction de notre salle, nous avons décidé de mener notre enquête...

Au sein de notre salle d’escalade, nous constatons des manquements qui empêchent concrètement beaucoup de personnes de venir grimper, ou de grimper sereinement. En tant qu’usagèr⋅es de cette salle (qui payons), nous sommes légitimes de parler, nous positionner, demander des améliorations et nous fourmillons d’idées pour que les choses changent... pour cela, encore faudrait-il qu’on nous écoute !

Nous avons mené une enquête auprès de 30 salles d’escalade françaises afin de les questionner sur leurs pratiques et leurs mesures concernant l’inclusivité des personnes sexisées. Vous trouverez juste après cette introduction la version longue de notre recherche.

- En bas de la page, vous trouverez :

  • un PDF avec l’enquête complète (version longue)
  • un PDF avec le résumé de l’enquête (version courte)
  • un PDF avec le flyer présentant notre enquête et le QR code pour y accéder
  • un PDF compilant une série d’affiches qui s’adressent aux hommes et/ou aux personnes sexisées : imprimez-les ! diffusez-les ! affichez-les dans les vestiaires des "hommes", des "femmes", où vous voulez ! appropriez-vous-les ! inventez-en d’autres !

- Ici se trouve la pétition que nous avons lancée il y a deux ans.

- Pour toute remarque ou question, vous pouvez nous contacter à cette adresse mail : proscription-grimpe-torse-nu[at]proton.me

- Nous venons de créer un compte instagram, vous pouvez nous suivre : @gardetontop

Et maintenant, place à l’enquête !

Précisions



Les « personnes sexisées » sont les personnes discriminées en raison de leur genre, à savoir les femmes, les personnes trans, non-binaires, agenres et intersexes.
Une « personne cisgenre » est une personne qui se reconnaît dans le genre qui lui a été attribué à la naissance. Lorsque nous parlons d’« hommes cis » dans le texte, nous faisons allusions aux « hommes cisgenres », assignés hommes à la naissance et qui se reconnaissent comme tels.
Dans le texte qui suit, nous utilisons parfois les termes « femmes » et « hommes »  : ce sont des raccourcis qui nous permettent de simplifier l’écriture. Cependant, nous ne croyons pas en la binarité du genre, ni que nous pouvons présupposer du genre de quelqu’un·e simplement de par son apparence.

Introduction



Nous sommes un groupe de grimpeurs et de grimpeuses de Besançon. Mal à l’aise avec les torses nus de beaucoup de grimpeurs de notre salle, notamment l’été mais pas que, nous avons entamé des démarches afin de rééquilibrer la situation : soit en autorisant la grimpe torse nu pour chacun·e, soit en l’interdisant pour toustes. Cette première option a été adoptée dans les piscines de Grenoble, de Malmö ou de Berlin, où il est autorisé à tout le monde de se baigner torse nu. D’autant que rien dans la loi n’indique qu’être torse nu constitue une infraction (article 222-32 du Code pénal)[1],[2]. Néanmoins nous ne nous illusionnions pas, notre salle d’escalade n’accéderait jamais à ce genre de demandes... Nous nous sommes donc contenté·es d’axer notre requête sur la prohibition de la grimpe torse nu.
Nous avons discuté avec certains membres du personnel, mais nous nous sommes heurté·es à un mur. Nous avons ensuite diffusé une pétition, sollicité l’organisation d’une réunion publique pour discuter du sujet et envoyé des mails à notre salle en décrivant les différents problèmes identifiés (pas que les torses nus !), ainsi que nos demandes afin de prendre des mesures pour qu’elle devienne plus accessible, accueillante et sécure pour les femmes, diversités de genre et autres minorités.
Nous n’avons observé aucun changement : l’équipe refuse aujourd’hui encore de mettre en place l’interdiction de la grimpe torse nu pour les personnes n’ayant pas de sein et ne possède aucune diversité dans son équipe de moniteurs/monitrices et ouvreurs/ouvreuse. Suite à l’inaction de notre salle, nous avons décidé de réaliser une enquête concernant l’inclusivité des personnes sexisées au sein d’autres salles d’escalade en France. Si nous nous sommes centré·es sur le sexisme plus que sur d’autres oppressions telles que le racisme, le validisme ou encore le classisme, c’est que nous sommes concerné·es par les discriminations de genre mais pas ou peu par les autres.

L’inclusivité (au sens large) au sein des salles d’escalade est une question dont de plus en plus de personnes et collectifs se saisissent. Partant du constat de nombreuses inégalités en termes de genre, de classe, de race, de conditions physique, etc., l’idée est de faire bouger les lignes, de changer les mentalités et de concrètement faire avancer les choses afin de rendre l’escalade accessible et sécure pour toustes.

Le « Cahier de vacances féministe 2023 » publie une enquête intitulée « Elles font bloc »[3] dans laquelle sont comparées les groupes Climb Up et Arkose. Climb Up (voie et bloc) voit la proportion femmes-hommes de ses abonné·es estimée à 40-60 %, quand elle est de 18-82 % chez Arkose (bloc). Ce dernier constate que les femmes, faute de partenaire de grimpe, se sentent découragées de ne pas progresser assez vite et n’investissent pas dans des chaussons. De plus, le peu d’ouvreuses implique un manque de voies adaptées à la corpulence et au gabarit des femmes qui peuvent se décourager, notamment dans les niveaux difficiles. Arkose affirme travailler à la parité dans ses équipes, de l’accueil aux ouvreur·euses, et organise des soirées « Filles à bloc » : une fois par mois, l’entrée et la location des chaussons sont gratuites pour les filles et les femmes, ce qui constitue de la discrimination positive fondée sur le genre. Chez Climb Up, des initiations gratuites à la voie sont régulièrement organisées pour les femmes, certaines salles utilisent l’écriture inclusive et depuis plusieurs années, beaucoup obligent le port du t-shirt pour tout le monde.

L’article « Elles font bloc » évoque également Girls in Bleau[4], association créée en 2020 par la grimpeuse Caroline Sinno afin d’organiser des sessions grimpe en non mixité de genre à Fontainebleau. L’association constate que l’escalade sans homme permet d’éviter les désagréables drague et mansplaining (lorsqu’un homme explique à une femme quelque chose qu’elle sait déjà), et permet d’échanger des conseils plus adaptés à la taille et au gabarit des femmes et de trouver des partenaires avec qui grimper tout en se sentant soutenu·es, en confiance et en sécurité. Enfin, Caroline Sinno s’interroge sur comment ouvrir l’escalade aux personnes plus précaires, afin que les catégories socio-professionnelles les plus favorisées (CSP+) ne soient pas les seules à profiter de ce sport.
De son côté, la grimpeuse Sophie Berthe a lancé le hashtag #balancetongrimpeur[5] pour récolter des témoignages et sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles dans le milieu de l’escalade. Elle est également à l’initiative du manifeste et de l’action « Ceci est un torse »[6] au cours de laquelle des femmes ont grimpé torse nu. L’objectif était de dénoncer le double standard entre hommes et femmes qui autorise les premiers à montrer leur torse sans aucune contrainte sociale alors que pour les secondes, la grimpe torse nu est soit interdite, soit les expose à l’hypersexualisation, aux insultes, voire aux agressions physiques.

Charline Vermont, autrice, sexologue et créatrice du compte instagram @orgasme_et_moi fait découvrir l’escalade à Mathieu Burgalassi, anthropologue. Leur rencontre et leur discussion est disponible dans une vidéo YouTube[7]. Charline Vermont y parle de l’importance de la représentativité des personnes sexisées, LGBTQUIA+ et/ou racisées dans les équipe des salles afin que tous·tes puissent se sentir bienvenu·es et légitimes. Elle évoque également le female gaze (regard féminin) dans l’escalade, soulignant l’importance d’avoir des ouvreuses afin d’enrichir la pratique de l’escalade par la multiplicité des styles de grimpe et de corps (plus ou moins grands, puissants, souples, etc.).
Certains comptes instagram (@grimpe_inclusive, @Kimbroughclimbs) expliquent très bien en quoi l’ouverture et la cotation des voies sont genrées et peu inclusives pour les femmes, les personnes petites et les enfants. En effet, les voies sont ouvertes et cotées en très grande majorité par des hommes, ce qui empêche les personnes dont le physique diffère de progresser car à partir d’un certain niveau, les voies ne sont plus adaptées à leur morphologie. Elles doivent donc trouver des techniques pour compenser, faire des efforts beaucoup plus importants, voire sont dans l’incapacité physique d’aborder certaines voies. Ceci est extrêmement frustrant pour elleux, d’autant que lorsqu’iels expriment le problème, on leur rétorque souvent qu’iels sont ne juste pas assez fort·es.

Lors du Camp 4 Vercors à l’été 2024, plusieurs tables rondes visant la remise en question du milieu de l’escalade ont été organisées. L’une d’elle intitulée « Faut-il politiser notre pratique de l’escalade ? »[8] évoque l’accessibilité de la grimpe pour les femmes et minorités de genre avec Sophie Berthe, présentée ci-avant, et pour les personnes en difficulté sociale et/ou en situation de handicap avec Christelle de l’association Amassa Climb[9]. La première développe l’histoire de la performance féminine, l’intérêt de la grimpe en non mixité pour se protéger de la violence patriarcale et le manque d’accessibilité de l’escalade pour les personnes racisées, LGBTQIA+, pauvres, etc. La seconde décrit l’escalade comme un outil pour accompagner de manière adaptée le public d’Amassa et réfléchit à comment grimper autrement et ensemble.

La discussion « Les dynamiques de genre »[10] s’intéresse au sexisme dans le milieu de l’escalade, au sentiment d’illégitimité des femmes, aux démonstrations malvenues des hommes et à leur ego, à l’importance de la représentation féminine parmi les moniteur·ices et les ouvreur·euses, aux manière de rendre accessible la pratique aux enfants et aux débutant·es, etc.
Un échange entre deux monitrices d’escalade et grimpeuses du Royans, Caroline et Aurélie, est intitulé « Histoires de falaises »[11] et aborde ce que ça fait d’être une femme dans le milieu de l’escalade. Elles évoquent les blagues sexistes, l’ego masculin, les différences de confiance, la non mixité pour prendre confiance et plaisir, le mansplaining récurrent, etc. Y est aussi mentionnée la décotation de certaines voies une fois qu’une femme les réussit… Toutes ces discussions sont disponibles en podcast sur le site internet de Radio Royans.

Dans son article « L’escalade, un sport sexiste ? »[12], Bérénice Stagnara parle du sexisme mais également de l’homophobie et du classisme dans le milieu de l’escalade. Elle évoque notamment les insultes qui tiennent lieu de noms de certaines voies (Grosse conne, Limp Wristed Faggot (insulte homophobe sans équivalent en français), etc.) et les conseils non sollicités donnés en grande majorité par des hommes, parfois moins compétents que la personne à qui ils s’adressent.
Enfin, en plus des associations citées ci-avant, nous pouvons ajouter d’autres collectifs et salles d’escalade œuvrant à faire évoluer les pratiques :
• Haut-delà des murs[13], association liées à ces dernières et visant à favoriser la pratique de l’escalade pour tous et toutes par des actions d’aides aux personnes qui présentent des difficultés ou des vulnérabilités (handicap, isolement, précarité) ;
• The Roof Toulouse[14] et Climb Up Brest[15] salles d’escalade qui multiplie les initiatives pour rendre leur salle accueillante, inclusive et sécure pour les personnes sexisées, LGBT, précaires, racisées, etc.

Toutes ces initiatives nous ont énormément parlé et nous ont permis de mettre des mots sur nos ressentis, jusque là assez flous, et sur le malaise que nous ressentons au sein de notre salle d’escalade : l’omniprésence des hommes torse nu est très dérangeante, malaisante, voire insécurisante pour beaucoup de personnes autour d’eux. Le fait qu’ils crient très fort donne la désagréable impression que c’est surtout pour montrer à tooooout le monde comme ils sont foooorts ! Et bien sûr, il y a ceux qui viennent nous donner des conseils alors que l’on n’a rien demandé… Dans notre salle, il n’y a aucune monitrice, alors qu’ils sont environ six moniteurs. On nous a parlé d’une femme ouvreuse, mais on ne l’a jamais vue, alors qu’il y a sept ouvreurs que l’on identifie, que l’on voit souvent et dont on connaît les prénoms. Autant d’indicateurs qui montrent que la pratique de l’escalade et l’occupation de l’espace sont encore très genrées dans notre salle. Face à l’absence de considération de l’équipe, nous avons souhaité en savoir plus sur les moyens mis en place par d’autres salles pour favoriser l’inclusion et le bien-être des femmes et diversités de genre afin, peut-être, d’inspirer la nôtre et d’induire quelques changements salutaires.

Présentation de l’enquête



Nous avons appelé des salles d’escalade situées en France afin de leur proposer un questionnaire dans le but d’évaluer leurs actions et leur positionnement par rapport à l’inclusivité des femmes et diversités de genre. Trente d’entre elles nous ont répondu. Nos appels se sont étalés entre janvier et mars 2025. Voici les questions que nous avons posées :
1. La grimpe torse nu est-elle autorisée dans votre salle ?
2. Mettez-vous à disposition des protections périodiques (dans les toilettes, les vestiaires ou à l’accueil) dans votre salle ?
3. Mettez-vous en place des aménagements pour le bien-être, la sécurité, l’inclusion des femmes et diversités de genre (ex : dispositif et/ou affichage anti-harcèlement, vestiaires inclusifs, etc.) ?
4. Combien y a t-il d’ouvreuses et d’ouvreurs dans votre salle ?
5. Combien y a t-il de monitrices et de moniteurs dans votre salle ?
6. Avez-vous des ouvreuses et/ou des monitrices en formation ?
Pour finir, nous avons créé une « note d’inclusivité ». Elle nous a permis de situer les salles les unes par rapport aux autres à l’aune des critères que nous avons choisis.

Pour analyser nos résultats nous avons choisi de comparer les salles qui interdisent et celles qui autorisent la grimpe torse nu. En effet, nous pensons que cette mesure est un bon indicateur de la conscience des problématiques liées aux dynamiques de genre et à l’occupation de l’espace, ainsi que de la réelle intention de tendre vers plus d’inclusivité des femmes et diversités de genre, et ce pour plusieurs raisons détaillées ci-après. Ceci, si l’on omet le fait que le port du t-shirt a pu être imposé à cause de l’épidémie du covid-19, mais connaître les intentions des équipes nécessiterait des moyens temporels et énergétiques que nous n’avons pas, donc nous nous contenterons de ce présupposé : le port du t-shirt dans une salle d’escalade constitue un indicateur de son intérêt pour le bien-être des grimpeur·euses sexisé·es, et ce pour les raisons suivantes.
Premièrement, la revendication qu’est la proscription de la grimpe torse nu est dorénavant bien connue grâce aux actions telles que « Ceci est un torse » de Sophie Berthe, ou encore aux divers articles, podcasts ou comptes instagram qui en parlent[16],[17],[18].
Deuxièmement, les désagréments provoqués par la présence d’hommes torse nu sont bien réels et poussent même certain·es grimpeur·ses à raccrocher leurs chaussons. Pour les sceptiques,les témoignages se multiplient, il suffit de lire quelques articles[18],[19] sur le sujet.
Troisièmement, il y a désormais un grand nombre de salles françaises, si ce n’est une majorité, qui interdisent la grimpe torse nu. Ce n’est donc pas une mesure particulièrement novatrice ni à contre-courant, à l’inverse elle est en passe de devenir une norme. Par conséquent, le risque d’aller à l’encontre de l’opinion dominante en l’adoptant est faible. Peu de risque également de diminuer en fréquentation et donc de perdre de l’argent. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’on gagnera plus en fréquentation féminine qu’on ne perdra en fréquentation masculine sur le long terme.
En résumé, nous sommes parti·es du présupposé qu’une salle qui s’intéresse sincèrement (c’est-à-dire en mettant en place des actions pour s’aligner avec son discours) à l’inclusion des femmes et diversités de genre va très probablement interdire la grimpe torse nu puisqu’il s’agit d’une mesure simple, accessible et basique, induisant un impact positif réel pour les personnes sexisées, désormais répandue et dénuée de risque financier, au contraire.
Par conséquent nous faisons l’hypothèse suivante : s’il y a une surreprésentation des salles sincèrement intéressées par la question de l’inclusivité des personnes sexisées parmi les salles qui imposent le port du t-shirt à tous et toutes, alors ce seront également ces salles qui auront le plus de femmes dans leur équipe, le plus tendance à proposer des protections périodiques et enfin, a fortiori une meilleure note d’inclusivité.

Résultats de l’enquête



Au total, 30 salles ont répondu à notre enquête. Toutes sauf une appartiennent à des franchises relativement importantes (Climb Up, Block’Out, Vertical Art, Arkose et B’up).

Prohibition de la grimpe torse nu

21 salles sur 30 interdisent la grimpe torse nu, soit 70 % des salles interrogées, contre 9 salles sur 30, soit 30 % des salles interrogées, qui autorisent la grimpe torse nu aux hommes cisgenres.

Mise à disposition de protections périodiques

70 % des salles consultées mettent à disposition des protections périodiques gratuitement pour les personnes menstruées. Ce chiffre monte à 85 % pour les salles qui interdisent la grimpe torse nu (21 salles), et tombe à 33 % pour les salles qui l’autorisent (9 salles).

Autres aménagements

Voici la liste des autres aménagements mis en place par certaines salles pour le bien-être des femmes et diversités de genre. En tout, 10 salles proposent un ou plusieurs de ces aménagements :
• formation d’ouvreuses ou monitrices ;
• vestiaires inclusifs : vestiaires avec l’inscription « Tu es libre de choisir le vestiaire qui te correspond », une pièce de change pour plus d’intimité à l’intérieur de chaque vestiaire, ou un troisième vestiaire que toute personne est libre de choisir ;
• formation des salarié·es au sujet des violences sexistes et sexuelles et du harcèlement (VSSH) ;
• modification du règlement qui spécifie désormais que les comportements ou propos discriminants ne sont pas tolérés et induisent une exclusion en cas de non respect ;
• communication avec les élèves/enfant·es sur le consentement et le harcèlement ;
• affichage anti-harcèlement dans les toilettes ;
• dispositif Angela ou semblable ;
• affichage du numéro d’urgence « 119 : Enfance en danger » ;
• mise en avant d’une grimpeuse célèbre via des affiches dans la salle.

En ce qui concerne les salles qui interdisent la grimpe torse nu, les aménagements qu’elles mettent en place sont plus variés et plus spécifiques. En effet ce sont elles qui proposent des vestiaires inclusifs sous différentes formes, des formations à la gestion de VSSH, des formations d’ouvreuses et/ou monitrices, etc. Alors que pour les salles qui autorisent la grimpe torse nu, mise à part l’une d’entre elle qui a une ouvreuse en formation, elles ne proposent que des affichages anti-harcèlement et/ou le dispositif Angela parmi toutes les options que nous avons énumérées ci-dessus.

Ouvreuses/ouvreurs

En moyenne, les salles d’escalade ont 13 % d’ouvreuses dans leur équipe. Cette moyenne monte à 17 % pour les salles qui interdisent la grimpe torse nu (21 salles) et tombe à 3 % pour celles qui l’autorisent (9 salles).

Si nous regardons en détail la répartition des salles qui interdisent ou autorisent la grimpe torse nu en fonction du pourcentage de femmes dans leur équipe d’ouvreurs/ouvreuses, on obtient les résultats suivants :
38 % des salles qui interdisent la grimpe torse nu (8 salles sur 21) n’ont aucune femme dans leur équipe ouvreurs/ouvreuses, contre 89 % des salles qui l’autorisent (8 salles sur 9).
48 % des salles qui interdisent la grimpe torse nu (10 sur 21) ont entre 0 % et 30 % de femmes dans leur équipe ouvreurs/ouvreuses, contre 11 % des salles qui l’autorisent (1 salle sur 9).
14 % des salles qui interdisent la grimpe torse nu (3 salles sur 21) ont entre 30 et 50 % de femmes dans leur équipe ouvreurs/ouvreuses (2 d’entre elles ont la parité dans leur équipe), contre 0 % des salles qui l’autorisent (0 salle sur 9).

Monitrices/moniteurs

En moyenne, les salles d’escalade ont 24 % de monitrices dans leur équipe. Cette moyenne monte à 28 % pour les salles qui interdisent la grimpe torse nu (21 salles) et tombe à 16 % pour celles qui l’autorisent (9 salles).

Si nous regardons en détail la répartition des salles qui interdisent ou autorisent la grimpe torse nu en fonction du pourcentage de femmes dans leur équipe de moniteurs/monitrices, on obtient les résultats suivants :
19 % des salles qui interdisent la grimpe torse nu (4 salles sur 21) n’ont aucune femme dans leur équipe ouvreurs/ouvreuses, contre 56 % des salles qui l’autorisent (5 salles sur 9).
38 % des salles qui interdisent la grimpe torse nu (8 salles sur 21) ont entre 0 % et 30 % de femmes dans leur équipe ouvreurs/ouvreuses, contre 22 % des salles qui l’autorisent (2 salles sur 9).
38 % des salles qui interdisent la grimpe torse nu (8 salles sur 21) ont entre 30 et 50 % de femmes dans leur équipe ouvreurs/ouvreuses, contre 22 % des salles qui l’autorisent (2 salles sur 9).
Une salle fait intervenir 100 % de femmes avec une monitrice pour aucun moniteur, cette salle interdit par ailleurs la grimpe torse nu.

Note d’inclusivité

Nous avons choisi de créer une note d’inclusivité sur 10 points. Objectivement, cette note n’a pas de valeur propre. Elle nous sert simplement à comparer les salles entre elles et à avoir une idée de leurs pratiques concernant les critères que nous avons choisis.
Il s’agit d’une somme que nous effectuons en fonction de plusieurs critères qui, selon nous, participent au bien-être et à l’inclusivité des femmes et diversités de genre. Voici comment nous l’avons calculée :
• grimpe torse nu interdite = +1
• ratio ouvreuses/ouvreurs > 25 % et < 50 % = +1
ou ≥ 50 % = +2
• ratio monitrices/moniteurs > 25 % et < 50 % = +1
ou ≥ 50 % = +2
• monitrice ou ouvreuse en formation = +1
• mise à disposition de protections hygiéniques = +1
• autre aménagement type Angela ou affichage anti-harcèlement = +1
• autre aménagement spécifique aux diversités de genre ou autres minorités = +2

Au total, les salles interrogées ont en moyenne une note d’inclusivité de 3,1 sur 10. Cette moyenne est de 3,8 sur 10 pour les salles qui interdisent la grimpe torse nu et tombe à 1,6 sur 10 pour celles qui l’autorisent.


Discussion


Prohibition de la grimpe torse nu et intérêt pour le bien-être des personnes sexisées

70 % des 30 salles que nous avons interrogées interdisent la grimpe torse nu. Nous espérons ce résultat généralisable à l’échelle de toutes les salles de France, ce qui signifierait qu’une majorité de salles françaises interdisent la grimpe torse nu.

Lorsque nous avons construit cette enquête, nous avons présupposé qu’un réel intérêt pour l’inclusivité de genre au sein d’une salle d’escalade l’amènerait à imposer le port du t-shirt. Cette mesure constitue selon nous la démarche minimum si le souhait de la salle est que les personnes sexisées s’y sentent bien. Le fait que probablement une majorité de salles françaises interdit la grimpe torse nu signifierait qu’une majorité de salles françaises s’intéressent au bien-être des grimpeur·euses sexisé·es. Cela constitue une bonne nouvelle en soi puisque nous souhaitons que toutes et tous se sentent au mieux lorsqu’iels vont grimper en salle, mais cela va également dans le sens d’une amélioration générale des conditions de grimpe puisque plus une mesure est largement appliquée, plus il est facile de la mettre en place sans se confronter à des résistances : on sort moins de l’ordinaire, on fait comme les autres, on n’est pas en position d’avant-garde. Les risques (financiers, de baisse de fréquentation, de désapprobation, de jugement, de confrontation, etc.) sont relativement faibles, alors que les avantages sont nombreux et détaillés ci-après, de manière non exhaustive :
• Il s’agit tout d’abord d’une question d’égalité : nous souhaitons que tous les torses soient traités de la même manière que ceux des hommes cis, que les corps des femmes ne soient pas plus sexualisés que ceux des hommes.
• Dans le même sens, nous imaginons bien que si un homme transgenre n’ayant pas fait de mastectomie se met torse nu, cela posera problème, pourtant il s’agit d’un homme. Il est donc question d’inclusivité également.
• Nous sommes par ailleurs mal à l’aise et incommodé·es par l’obligation à laquelle nous sommes soumis·es, de fait, d’être en contact visuel et odorant avec tous ces torses nus. C’est selon nous une question de respect.
• Bien que la transpiration fasse partie intégrante de la pratique sportive, le port d’un t-shirt permet de la retenir et limite sa dispersion dans l’air et sur les tapis : question d’hygiène.
• Enfin, pour une question de sécurité et de bien-être, nous refusons d’être exposé·es à des corps d’hommes à moitié nus qui peuvent réveiller des peurs ou du rejet en raison de traumatismes passés ou présents.

Toutes ces conséquences positives à la prohibition de la grimpe torse nu nous semblent valoir la chandelle, aussi nous aimerions aller encore plus loin avec la question suivante : compte tenu de la généralisation progressive de cette mesure, est-ce qu’une salle qui refuse d’adopter l’interdiction de la grimpe torse nu ne fait pas seulement preuve de désintérêt pour la question, mais plutôt d’une résistance, voire d’une volonté de maintenir (consciemment ou non) un ordre patriarcal établi ?

Lien entre prohibition de la grimpe torse nu et aménagements concrets pour le bien-être des personnes sexisées

Lorsque nous avons réalisé cette enquête, nous avons émis l’hypothèse que les salles qui interdisent la grimpe torse nu seraient aussi celles qui seraient les plus inclusives pour les femmes et diversités de genre. Nos résultats semblent effectivement aller dans ce sens. Ceci n’est pas une étude scientifique et nous n’avons pas effectué de tests statistiques permettant d’affirmer une réelle différence entre les salles autorisant ou non la grimpe torse nu, nous allons donc parler de tendance.

Nous observons qu’une grande majorité des salles qui impose le port du t-shirt propose également des protections périodiques pour les personnes menstruées (85 % d’entre elles). En revanche, c’est le cas d’une minorité des salles qui autorisent la grimpe torse nu (33 % d’entre elles).
Concernant la présence de femmes dans les équipes d’ouverture et de monitorat, il y a également une différence entre les salles qui autorisent ou interdisent la grimpe torse nu : 3 % d’ouvreuses et 16 % de monitrices pour les premières contre 17 % d’ouvreuses et 28 % de monitrices pour les secondes. Les salles qui interdisent la grimpe torse nu sont celles qui embauchent le plus de femmes à ces postes.
Enfin, les salles où la grimpe torse nu est prohibée sont celles qui mettent en place le plus d’aménagements permettant aux femmes et diversité de genre de se sentir bien et inclu·es. En effet, ce sont les seules à proposer des vestiaires inclusifs (sous différentes formes), des formations à la gestion des VSSH, ou encore qui communiquent avec leurs élèves sur les questions du consentement et du harcèlement.
Ainsi, les salles qui interdisent la grimpe torse nu ont obtenu une bien meilleure note d’inclusivité (moyenne de 3,1) que les salles qui autorisent la grimpe torse nu (moyenne de 1,6).
Une explication possible et plausible à ces tendances de corrélation est que les équipes qui sont sensibles au bien-être des personnes sexisées fréquentant leur salle sont plus enclines à adapter leur fonctionnement et leurs habitudes. Elles écoutent les personnes concernées et mettent en place des aménagements qui favorisent leur confort et leur sentiment d’accueil et de sécurité. Ces initiatives montrent qu’il est possible de se positionner pour faire évoluer la pratique de l’escalade vers plus d’inclusivité, entraînant des conséquences positives pour les personnes sexisées notamment.

Personnes sexisées dans les équipes, représentation et conséquences positives pour le bien-être des personnes sexisées

Nous avons observé qu’il y a presque toujours un minimum de femmes dans les équipes ouvreurs/ouvreuses et moniteurs/monitrices qui interviennent dans les salles. Celles qui ont souhaité se justifier de cette sous-représentation ont argué que les femmes candidates pour ces postes sont rares et difficiles à trouver. Il n’est pas surprenant que dans un milieu historiquement masculin[19] la tendance ait du mal à s’inverser. Il existe des mécanismes qui freinent la réappropriation de ces milieux par les personnes sexisées. En voici des exemples :
Le sexisme ordinaire est encore présent au sein des salles d’escalade (comme partout dans la société) et rend le milieu hostile à ces personnes. Une personnes sexisée y sera confrontée à des propos sexistes et/ou à des comportements discriminants qui peuvent aller de la simple ignorance sélective aux insultes et agressions sexistes, en passant par les blagues sexistes ou la discrimination positive telle que proposer de l’aide à une personne sexisée parce que c’est une personne sexisée (sous-entendu qu’elle est plus faible physiquement, qu’elle sait moins bien lire une voie… bref qu’elle est « moins » qu’un homme).
Le fonctionnement du lieu peut lui aussi porter la trace du sexisme ambiant, par exemple par des différences de traitement entre les personnes (ex : autorisation de la grimpe torse nu pour certain·es et interdiction pour d’autres), par de la discrimination à l’embauche où l’équipe va privilégier la candidature d’un homme pour un poste de moniteur ou ouvreur et placer les femmes plutôt à l’accueil, etc.
Les stéréotypes de genre intégrés par autrui induisent par exemple l’idée encore malheureusement largement répandue que les femmes sont naturellement moins performantes en sport que les hommes. Or cela n’est pas sans conséquence car il est démontré que des attentes moins élevées placées sur un·e individu·e læ conduisent à avoir de moins bonnes performances. On appelle ce phénomène psychologique l’effet Golem[20].
Par ailleurs les attentes posées sur les enfantes assignées filles les contraignent à moins développer leur force physique, leur adresse et leur endurance dès leur plus jeune âge car on va moins les encourager à courir, grimper aux arbres, lutter, etc. Elles vont donc effectivement avoir un écart de performance vis-à-vis des enfants assignés garçons[21].
Les stéréotype de genre nous poussent également à considérer que les performances féminines, lorsqu’elles diffèrent de celles des hommes, sont moins impressionnantes et de moindre qualité (entraînant le décotage de certaines voies dès que réussies par une femme ![11]), alors qu’il serait tout à faire possible, et sans doute plus juste, de considérer qu’une autre approche de la grimpe que l’approche dominante (masculine) est non seulement tout aussi qualitative mais aussi enrichissante.
Les stéréotypes intégrés par les personnes sexisées elles-mêmes les conduisent à s’auto-censurer et à s’auto-dévaloriser. La menace du stéréotype[22] est un phénomène où une personne concernée par un stéréotype se sent anxieuse, jugée et insécurisée dans un contexte où ce stéréotype pourrait se manifester. Cela, bien évidemment a également un impact sur ses performances.
L’éducation genrée pousse les personnes assignées femmes à la naissance à prendre moins de place, à moins se valoriser ou vanter leurs performances, par rapport aux personnes assignées hommes. Par conséquent, on les remarque moins et cela participe à la sensation qu’il y a peu de femmes compétentes à qui on pourrait donner une place.
La sous-représentation des femmes et diversités de genre est elle-même un frein à la présence de ces personnes au sein de la pratique de l’escalade. En effet, ne se sentant pas représentées, il est très compliqué pour elles de se sentir légitimes, voire ne serait-ce que d’imaginer que cela puisse être possible pour elles d’occuper ces places-là, de grimpeur·euses en salle déjà, mais également d’ouvreur·euses ou de moniteur·ices.

En résumé, il est beaucoup plus difficile pour une personne sexisée que pour un homme d’acquérir des compétences en escalade. Et lorsque malgré tout les personnes sexisées ont les compétences, elles ont davantage de risque que les hommes d’être invisibilisées, découragées ou discriminées. Cela induit un nombre plus faible de grimpeuses que de grimpeurs et de potentielles ouvreuses et monitrices que de potentiels ouvreurs et moniteurs. Il est donc très probablement vrai que les salles éprouvent des difficultés à embaucher des femmes et personnes sexisées dans leur équipe d’ouvreurs/ouvreuses et moniteurs/monitrices. Néanmoins, ce n’est pas une fatalité. Certaines salles contactée le démontrent :
Deux des salles contactées ont la parité dans leur équipe d’ouvreurs/ouvreuses, et ce pour des équipes relativement conséquentes de quatre et six personnes.
Cinq d’entre elles ont la parité dans leur équipe de moniteurs/monitrices.
• Enfin, certaines salles choisissent de ne pas laisser ça au « hasard » (ou à la dynamique patriarcale qui régit ce monde) : elles sont plusieurs à nous avoir dit chercher activement à embaucher des femmes pour ces postes et deux d’entre elles forment ou payent des formations à de futures ouvreuses et monitrices.

La présence de plus de personnes sexisées à ces postes est importante pour plusieurs raisons :
Il n’y a pas de bonne raison que les hommes aient plus cette opportunité que les personnes sexisées. Il est donc plus juste de viser la parité dans les équipes et de participer à rendre ce sport plus égalitaire entre les genres.
• Ayant été socialisées différemment et ayant des corps différents (en moyenne plus petits par exemple), il est certain que les personnes sexisées ont une approche et un regard différent de la grimpe. Leur présence dans les équipes qui créent les voies et qui entraînent les grimpeurs et les grimpeuses constitue donc une opportunité de faire évoluer, de diversifier et d’enrichir cette pratique, la salle n’en deviendrait que plus intéressante d’un point de vue sportif, pour les femmes et les personnes petites, mais pas que.
• Il s’agit également de reconnaître et valoriser les grimpeuses douées qui viennent à la salle et souhaiteraient y travailler.
• Les approches des ouvreuses et monitrices conviennent mieux aux personnes qui leurs ressemblent. Leur présence participe à rendre les salles plus inclusives, c’est un cercle vertueux.
• Enfin, pour que les femmes et diversités de genre se sentent plus légitimes et plus confiantes dans leurs capacités (tous niveaux confondus), il est important pour elles d’avoir des modèles de personnes qui leur ressemblent dans le personnel de la salle qu’iels fréquentent. C’est une question de représentativité.
Appliquer les mesures citées ci-avant (prohibition de la grimpe torse nu, aménagements concrets, embauche de davantage de personnes sexisées) permet de se positionner en tant qu’allié·es du féminisme qui visent à lutter contre le système patriarcal et les oppressions sexistes et misogynes qu’il engendre.

Au-delà de lutter contre le patriarcat, lutter contre toutes les oppressions systémiques

Nous avons centré cette enquête sur l’inclusivité des personnes sexisées au sein des salles d’escalade. Pour autant, il existe de nombreuses autres oppressions systémiques qu’il s’agit de combattre également, à savoir le racisme, les LGBTQIA+phobies, la grossophobie, le validisme, le classisme etc. Le monde de l’escalade est en effet principalement masculin, blanc et CSP+.

Une manière de lutter contre ces oppressions est d’embaucher des personnes concernées : une équipe constituée essentiellement d’hommes cis, blancs, fins et valides crée un décalage avec les usagèr·es de la salle qui ne le sont pas. Ce manque de représentativité peut entraîner un malaise, les personnes risquent de se sentir moins à leur place, moins légitimes, moins à l’aise et moins confiantes. Imaginez que l’équipe d’une salle d’escalade soit constituée de personnes racisées, handicapées, de tous genres, de toutes corpulences, de toutes origines sociales… il est facile de comprendre qu’une diversité infiniment plus grande d’usagèr·es se sentira alors représentée, légitime, confiante et à l’aise de venir grimper dans cette salle.

Des aménagements peuvent également être mis en place sans trop d’effort et pourtant engendrer de nombreux effets positifs, tels que :
Mettre à disposition du matériel adapté à tous niveaux dans l’espace de préparation physique des salles (ex : des kettlebells à partir de 2 kg, des élastiques de toutes résistances, etc.). Sans cela, les personnes peu musclées risquent de ne pas se sentir les bienvenues dans cet espace. Et ne s’y rendront plus.
Mettre à disposition des protections périodiques dans tous les sanitaires (il y a des personnes transmasculines qui ont leurs règles et qui utilisent les sanitaires des « hommes »). Nous avons toustes accès à du papier toilette afin de répondre à un besoin biologique. De la même manière, les personnes menstruées devraient avoir accès à des protections périodiques de qualité, respectueuses de leur corps, pour répondre à un autre besoin biologique. Sans cela, la survenue des règles d’une personne à la salle peut signifier la fin de la séance pour elle.
Rendre les salles d’escalade plus accueillantes pour les personnes opprimées : en écrivant le site internet et les communications (mails, instagram…) en écriture inclusive ; en indiquant que les personnes LGBTQIA+ sont bienvenues ; en utilisant des corps et des couleurs de peau diverses dans les illustrations utilisées pour communiquer ; en mettant des drapeaux queers (stickers, émoticônes…) ; en adaptant ses tarifs sans demande de justificatif de revenus, etc. Sans cela, les personnes opprimées risquent de ne pas se sentir incluses, considérées, bienvenues.
Mettre en place tous ces changements ne diminuera pas le nombre d’hommes qui fréquentent les salles d’escalade, mais augmentera en revanche le nombre de femmes, personnes LGBTQIA+, grosses, handicapées, racisées, etc. qui s’y sentent considérées, respectées, en sécurité, incluses et bienvenues. Encore faut-il le vouloir...

Conclusion



Devant le refus de notre salle d’escalade d’écouter nos revendications et de mettre en place des mesures concrètes afin d’améliorer les conditions d’accueil des femmes et diversités de genre, nous avons enquêté sur les pratiques d’autres salles. Une majorité d’entre elles interdisent la grimpe torse nu, ce qui nous semble pourtant la mesure de base à mettre en place si l’on éprouve de l’intérêt pour le bien-être des femmes et minorités de genre. En effet, les avantages engendrés sont multiples et surpassent largement de potentiels risques

Il suffit d’écouter les personnes sexisées : elles expriment leur inconfort, voire leur sentiment d’insécurité de se retrouver entouré·es d’hommes à moitié dénudés, tout en ayant interdiction de faire de même en se mettant elles-mêmes torse nu. Leur est opposée une série d’arguments tels que « j’ai trop chaud », « ce n’est pas confortable de grimper avec un t-shirt », ou bien « j’aime sentir l’air sur mon corps », ou encore « pour les voies difficiles, le t-shirt me gêne ». Cependant, nous rappelons que les personnes sexisées aussi ont un corps dont la température est à réguler, possèdent des glandes sudoripares qui produisent de la sueur, ont chaud et transpirent. Elles ont néanmoins pour obligation de porter un vêtement couvrant leur torse. Elles n’en sont pas encore mortes, nous pensons donc qu’il est sans danger pour les hommes de porter, eux aussi, un t-shirt. Par ailleurs, si les hommes ne sont pas capables de comprendre le bien-fondé de cette mesure, c’est une raison suffisante pour justifier de son importance.
Compte tenu de tout ceci, nous estimons qu’aujourd’hui, refuser d’interdire la grimpe torse nu en rétorquant que cela va contraindre les hommes et les priver de leur liberté constitue un affront délibéré pour les femmes et diversités de genre.

Le monde de l’escalade, tout comme le reste de notre société, est encore très masculin, très blanc, très peu diversifié et donc très peu inclusif. Il est faux de croire qu’il suffit d’attendre que les femmes et diversités de genre prennent leur place pour que ça change : nous l’avons vu, il existe des biais qui les empêchent de se sentir légitimes et de performer. Ces mêmes freins sont transposables aux personnes subissant d’autres types d’oppressions telles que les personnes racisées, handicapées, précaires, grosses, LGBTQIA+, enfants, etc. Il est nécessaire que les salles d’escalade se responsabilisent et agissent sur différents leviers pour que les choses évoluent. Voici plusieurs suggestions que nous tirons des différents ressources consultées, des résultats de cette enquête et de nos expériences personnelles :
Modifier le fonctionnement interne de la salle pour rendre l’environnement moins hostile, et plus agréable et sécure :
◦ équipe paritaire et diversifiée à tous les postes (accueil, ouverture des voies, monitorat, surveillance de salle, etc.) ;
◦ interdiction de la grimpe torse nu ;
◦ communication en langage inclusif (mails, réseaux sociaux, affichage, etc.) ;
◦ alternance des créneaux avec musique forte ou pas (les personnes neuroatypiques existent) ;
◦ créneaux en mixité choisie de genre ou d’autres types d’oppressions ;
◦ tarif réduit sans stigmatisation (ex : pas de demande de justificatif de revenus) ;
◦ organisation d’événements sur des thématiques plus inclusives telles que le racisme dans le sport, l’escalade adaptée, le potentiel soutien du sport en cas de dysphorie de genre, etc.
Mettre en place des dispositifs et matériels qui prennent en compte tous les publics au sein de la salle :
◦ affichage de prévention : anti-harcèlement, sensibilisation au consentement, éducation contre les différentes oppressions, violentomètre, numéros d’urgence, etc. ;
◦ affichage d’inclusion : drapeaux LGBTQIA+, illustrations plus diversifiées, mise en avant de grimpeur·euses racisées, LGBTQIA+, handicapé·es, femmes, etc. ;
◦ vestiaires inclusifs ;
◦ matériel adapté à tous niveaux dans l’espace de préparation physique ;
◦ protections hygiéniques dans tous les sanitaires (les hommes trans existent), etc.
• Former le personnel afin que toute l’équipe soit en mesure de :
◦ ne pas perpétrer de comportements problématiques ;
◦ sensibiliser et discuter avec les participant·es aux cours et les usagèr·es de la salle ;
◦ et identifier ces comportements problématiques lorsqu’elle en est témoin et y apporter une réponse adaptée, tant dans la prise en charge de la situation que de l’auteur et de la victime.
Exemples de comportements problématiques : grimpe torse nu, drague envers une personnes non réceptive, conseil non sollicité, regard ou propos sexualisant ou objectifiant, blague sexiste, raciste, homophobe, etc.
Demander aux personne concernées ce dont elles ont besoin, les croire lorsqu’elles expriment leurs vécus et ressentis, tenir compte de ce qu’elles disent, les écouter vraiment et mettre en place des actions concrètes pour répondre à leurs besoins.

Ce document est une tentative de recenser les différentes réflexions et actions mises en place ces dernières années au sujet principalement de l’inclusivité et du bien-être des femmes et diversités de genre dans le milieu de l’escalade. Les beaux discours, le pinkwashing, très peu pour nous : nous voulons des actes. Par cette enquête et ces recherches, nous espérons provoquer une remise en question profonde de notre salle d’escalade et induire des changements concrets et tangibles pour tout un pan de population pour l’instant totalement oublié et invisibilisé. Et pourquoi pas inspirer également d’autres salles à elles aussi se positionner, réellement et en pratique, comme des alliées du féminisme et de toutes les autres luttes contre les oppressions systémiques.


Sources


[1] Loi n°2021-478 du 21 avril 2021, Paragraphe 4 : De l’exhibition sexuelle et du harcèlement sexuel, Art.222-32. En ligne : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000021796946
[2] Felix, C. (2023). C’est l’été, et lorsqu’il fait chaud, il n’est pas rare de croiser en pleine rue des
badauds le torse nu. Mais est-ce autorisé par la loi ?. France info. En ligne : www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/le-vrai-du-faux-que-risque-t-on-en-etant-torse-nu-en-public-qu-on-soit-homme-ou-femme_5929910.html
[3] Sorocité., Pereita, E., Drouelle, L., Niord-Mery, H. (mai 2023). « Elles-font bloc, Cahier de
vacances féministe 2023 ». p.66
[4] [association] Girls in Bleau. @girlsinbleau. https://www.crimpoil.com/girlsinbleau
[5] Berthe, S. (09-03-2024 ). @Sophie.Berthe ; #balancetongrimpeur. [publication instagram]. En
ligne : https://www.instagram.com/p/C4TRt3Otob_/?img_index=1
[6] Berthe, S. (2023). "Ceci est un torse". En ligne : https://cb8d395e-c015-44e1-9a32-dff2d0b91526.usrfiles.com/ugd/cb8d39_034a3207923a4eb9a483fa3f6eebd284.pdf
[7] Burgalassi, M. (12-05-2024). Charline de "ORGASME ET MOI" me fait découvrir l’ESCALADE (+
on discute). [vidéo Youtube]. https://www.youtube.com/watch?v=dPageXwKVcc
[8] Camp4vercors. (été 2024). Faut-il politiser notre pratique de l’escalade ? 01:22:44. Radio Royans Vercors. En ligne : https://www.radioroyans.fr/entre-les-lignes/
[9] [association] Amassa Climb. https://amassa-climb.fr/
[10] Camp4vercors (été 2024). Les dynamiques de genre. 27:43. Radio Royans Vercors. En ligne :
https://www.radioroyans.fr/entre-les-lignes/
[11] Camp4vercors (été 2024). Episode bonus : Histoires de falaises, avec Caroline et Aurélie, deux monitrices d’escalade et grimpeuses locales qui discutent de ce que c’est qu’est être une femme dans ce milieu. 19:33. Radio Royans Vercors. En ligne : https://www.radioroyans.fr/entre-les-lignes/
[12] Stagnara, B. (2025). L’escalade, https://frustrationmagazine.fr/escalade-sexisme un sport sexiste ? Frustration. En ligne : https://frustrationmagazine.fr/escalade-sexisme
[13] [association] Au delà des murs. https://hautdeladesmurs.com/a-propos/
[14] [salle d’escalade] The roof Toulouse. https://toulouse.theroof.fr/
[15] [salle d’escalade Climb up’ Brest. https://brest.climb-up.fr/
[16] Pasquiou, P.G. (2023). « Ceci est un torse » - Manifeste pour l’égalité et la liberté en escalade. Vertige Media. En ligne : https://www.vertigemedia.fr/ceci-est-un-torse-manifeste
[17] Pasquiou, P.G. (2023). Débat : faut-il imposer le port du t-shirt dans les salles d’escalade ?.
Vertige Media. En ligne : https://www.vertigemedia.fr/d%C3%A9bat-faut-il-imposer-le-port-du-t-shirt-dans-les-salles-d-escalade
[18] Delmas, J.L. (2025). « Un étalage inutile de gros muscles » … Dans les salles d’escalade, le
débat sur les hommes torse nu. 20 minutes. En ligne : https://www.20minutes.fr/sport/4147027-
20250410-etalage-inutile-gros-muscles-salles-escalade-debat-hommes-torse-nu
[19] Pasquiou, P.G. (2025). La grimpe, bastion masculin ?. Vertige media. En ligne :
https://www.vertigemedia.fr/la-grimpe-bastion-masculin
[20] Valcourt, F. (2022). L’effet Pygmalion/Golem. Dans G. Béghin, E. Gagnon-St-Pierre, C. Gratton, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 5. En ligne :
https://www.shortcogs.com/biais/effets-pygmalion-golem
[21] Jidovtseff, B ; Delvaux, Anne (2022). Comprendre les différences sportives hommes-femmes
pour une approche plus inclusive. EPS : Education Physique et Sport, 396 (Juillet -Août-Septembre), p. 36-38
[22] Roy, S. (s.d.). La menace du stéréotype. http://svt-egalite.fr/index.php/mecanismes/la-menace-du-stereotype

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